L’interview qui tue ! #10 de l’Artiste Zoë Hababou par Oliver KrauQ

Nous voilà de retour, pour la dixième et dernière Interview qui tue ! Comment terminer, cette première saison, sans faire passer sur le grill, celle qui est à l’origine de ces fameuses Interviews ! Merci à Oliver KrauQ, pour avoir sût poser les bonnes questions !

Voici les autres Interviews qui tuent !

#1  #2  #3  #4  #5  #6  #7  #8  #9

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Zoë Hababou

  • 1 : Salut Zoë ! Je me demande si c’est la peine de te présenter, vu le succès que rencontrent les deux premiers tomes de Borderline et l’attente du troisième à l’automne si j’ai bien suivi, mais enfin si on sautait cette étape je pense que ça ferait mauvais genre, alors en selle cow-girl, vas-y, parle-nous de toi ! (t’as vu, cet honteux plagiat pour cette première question ?)

In serious ? Tu me voles mes répliques comme ça et t’assumes total ? En plus je déteste ce genre de question vague comme ça… Putain c’est vraiment moi qui l’ai écrite, celle-là ? Quelle merde. Bon OK, je vais essayer, en évitant de me présenter comme une Zoë en carton, style Indien en bois devant les marchands de cigares…

 

32 ans, clopeuse invétérée (mais dans mon langage on dit Tabaquera). Digne fille de ma mère (une vraie sauvage) issue d’une fratrie magnifique qui me soutient, quelque chose de concret. Première de la classe durant toute ma scolarité, j’ai soudain choisi délibérément de quitter le banc des lèches-cul pour rejoindre la horde des freaks, à laquelle j’ai toujours su appartenir. C’est là que c’est parti en couilles. C’est là que la vraie vie a commencé. Depuis je poursuis la même route, et je compte pas en revenir un jour.

  • 2 : Borderline est écrit à la première personne et putain, ce que le pauvre Travis traverse, c’est chaud quand même ! D’où te sont venues tes idées ? Outre les expériences avec l’ayahuasca (mais on y reviendra après, tu n’y couperas pas, mais je veux y aller par palier avant de trop te secouer !). En gros, quelle est la part de ton expérience perso dans cette saga ?

Pas mal de gens commencent à connaître l’histoire, mais je vais développer. L’année de mes 14 ans, je me suis pris des claques artistiques dans la gueule, du genre violent. Ca a commencé avec Taxi Driver. Je peux à peine expliquer l’impact démentiel que ça a eu sur moi. Le personnage de Travis Bickle, sa gueule, sa façon de penser, sa vrille finale, ce cahier dans lequel il écrit. Je crois que j’ai fait une sorte de transfert.

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Le Travis originel, qui a inspiré celui de Borderline

Le soir-même je me suis mis à écrire, avec un style et des idées assez proche des siens. J’avais trouvé ma nouvelle peau. Celle que j’aurais plus jamais envie de quitter, et à travers laquelle j’allais crier au monde ce que j’avais besoin de dire. Ensuite y a eu The Wall, le film des Pink Floyd (ouais je sais, les puristes crachent sur cette période de leur oeuvre, mais je les emmerde, moi c’est comme ça que je les ai découverts). Les choses se sont brutalement mises en place, ou alors desassemblées, dans ma tête. La liberté. Le conditionnement. La folie. L’artiste. Cette métaphore monstrueuse de cette putain de brique dans le mur. Ca m’a rendue malade.

Ça me touchait tellement fort que j’ai su que je venais de mettre la main sur une nouvelle parcelle essentielle de ma personnalité et de ses problématiques, celles qui l’animeraient toute sa putain de vie. Je continue ?

 

Fight Club ensuite, que j’ai d’abord lu, avant de voir le film. Vous vous souvenez de ce que ça fait, d’être ado et de tomber sur ça ? Cette putain de sensation, c’est celle-là qu’y faut jamais oublier. C’est ça qu’il faut continuer à nourrir en soi, même quand on grandit. Et sans déconner, Chuck Palahniuk, mais c’est un slogan révolutionnaire ambulant, ce mec. Ses idées étaient pour moi tellement neuves, tellement jamais vues ! “L’évolution, c’est que de la mastrurbation ! Mais l’autodestruction…”, “Brûlons la Joconde”, “Notre grande guerre à nous est spirituelle”, “C’est quand on a tout perdu qu’on est libre de faire tout ce qu’on veut”… Mais bordel les mecs ça m’a complètement retourné le cerveau, à moi ! J’emportais ce putain de livre partout, c’était ma Bible, j’y croyais dur comme fer, moi, à tous ces trucs, et je voulais les appliquer pour de vrai à ma vie ! Et alors quand Marilyn Manson s’est ajouté au-dessus de cette bombe en train de couver, ça a été l’explosion. Le discours de ce mec est d’une intelligence et d’un courage moral rare. Et il peut sérieusement bouleverser à jamais la vie d’un gamin. Souvenez-vous de ce qu’il dit dans Bowling For Columbine. A quel point c’est le seul mec sensé au milieu de ces dégénérés garants de la bienpensance américaine. “Deviens ta propre oeuvre d’art”. “Explore tes ténèbres”.

Bref, tu mixes tout ça, et t’obtiens Borderline.

Je pense que tu situes maintenant le lien entre le vécu de Travis, mon personnage, et le mien. J’en ai sans doute moins chié que lui, mais d’une manière factuelle comme d’une manière symbolique, ce qu’il vit, c’est ma vie.

  • 3 : Si je me rappelle bien, tu m’as parlé de 6, non 7 tomes ? Tu as déjà un plan pour tout ça j’imagine, tu veux nous parler de tes projets à long terme ? Ah non, je reformule, tu vas croire que tu as le choix. Parle nous de tes projets à long terme, NOW !

Ouais, le truc c’est que donc depuis mes fameux 14 ans, j’écris. J’en ai 32, ça fait 19 ans. En tout, j’ai assez de matos déjà écrit pour faire 7 tomes de 250 pages, mais quand je vois comment ça part, les tomes sont de plus en plus gros et y en aura sans doute que 5. Enfin on s’en branle. Un plan, pas vraiment. J’ai différents dossiers qui correspondent à des périodes différentes de la vie de Travis. Vu que moi mon délire c’est le puzzle diffracté dans tous les sens (ouais ça plait pas à tout le monde mais c’est comme dans la vraie vie, ceux qui veulent du prémâché, tracez la route).

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Autoportrait de Wish, mon maestro.

 

Les souvenirs, les pensées, les flashbacks, les réflexions et le vulgaire présent s’entremêlent et s’interpénètrent, surtout quand on est aussi secoué que Travis.

Le temps n’est pas linéaire, et l’intérêt du livre est aussi de montrer comment le passé, le futur et le présent se croisent et se recoupent pour former l’existence d’une personne (on est sur de la physique quantique là, mais c’est relou à expliquer). Donc pas de plan : je pioche, je réécris, je fais mon puzzle, je trouve le passage qui sera nickel pour finir le tome, en essayant de garder comme ligne de mire le titre dudit tome, afin que ce que vit Travis reflète ce titre. Je répète : Cette saga est l’idée d’une évolution. Travis part des niveaux inférieurs de la conscience (les souterrains), pour s’élever vers sa surface, ou l’éveil en d’autres termes (mais c’est pas sûr qu’il y arrivera).

  • 4 : Une question que je me suis posé en lisant Borderline : tu as une playlist pour écrire ? Je t’imagine aussi bien te taper du Mylène Farmer que du Marilyn Manson, ou des musiques d’Amérique latine à la flûte de pan ! Pour de vrai, la musique t’inspire et tu t’en sers ou osef, cette question est conne et… next ?

T’aimes vivre dangereusement toi nan ? Mylène Farmer ? Tu veux que je t’enferme avec son CD en boucle pour voir combien de temps tu tiens avant de devenir fou ? Sans déconner. Ouais, la musique m’inspire grave, mais pas pendant que j’écris. J’ai essayé, soit je m’égoisillais comme une gourde sur Noir Désir ou Tom Waits et j’écrivais pas un traître mot, soit les paroles de Manson se retrouveraient sur l’ordi et là c’est pas bon parce que c’est plagiat, Rage Against the Machine et je sautais partout, ou encore Shine On You Crazy Diamond me retournait tellement le bide que je chialais en tremblant sans plus voir l’écran derrière les larmes.

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Ces mecs-là avaient tout compris depuis très longtemps.

D’ailleurs y a un truc particulier avec ce morceau. Quand j’avais 20 ans je suis partie seule en Amérique Latine et pendant un mois j’ai taffé dans une réserve en amazonie où y sauvent les singes. Mon compagnon de chambré, un mec de 40 piges dont j’étais love, savait que je kiffais Pink Floyd, parce que j’arrêtais pas de gueuler leurs paroles comme ça à tout bout de champ. Un soir il m’a demandé si je connaissais Shine On You. Vu que nan il me l’a fait écouter. Transcendance, y a pas d’autre mot. Dans la foulée, encore totalement imprégnée de cette chanson, j’ai écrit le passage du Tome 1 dans le désert de l’ouest, qui se trouve être la clé de voûte de tout Borderline. Et accessoirement le passage dont je suis le plus fière. Ce morceau représente un truc terrible et magnifique pour Travis et Tyler. Jusqu’à un point innommable. Comme pour moi. Sans lui, le destin de mes jumeaux n’aurait jamais été le même, et mon livre n’aurait aucun ancrage. Voilà ce que représente la zic pour Borderline.

  • 5 : La dernière en ce qui concerne tes écrits, après, on entre dans le dur, le perso, et j’espère le croustillant. Dans ton premier tome, il y a un truc que j’ai adoré par-dessus tout, c’est ta capacité à pondre de la punchline bien trash enrobée dans de la réflexion philosophique. J’y vois plusieurs niveaux de lecture et plus d’une fois j’ai été tenté de noter une réplique tant elles sont d’une justesse flippante ! Cela te vient comme ça, naturel et tout, ou tu les bosses ? (je suis envieux dans un cas comme dans l’autre hein !)

Quand j’étais jeune, je taguais des trucs comme ça pour réveiller le monde entier avec mes phrases bien senties. Je connais le pouvoir des mots et des idées et je sais l’effet que ça peut avoir sur moi, à quel point certaines pauvres phrases ont transformé ma putain de vie. Et j’imaginais les gens passer devant le mur et se prendre la claque du siècle en lisant mes tags, et rentrer chez eux, transfigurés à jamais, envoyant valdinguer leur vie de merde pour se mettre à être libre..

 

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Première séance de dédicace au resto où je bossais comme serveuse, avec un pote qui fuck ceux qui croyait pas en moi.

L’autre truc, c’est que c’est pendant mes cours de philo avec Ricardo (un dieu grecque aussi beau qu’intelligent dont j’étais folle amoureuse, comme toute la classe d’ailleurs), au lycée, que j’ai écrit pas mal de ces punchlines. J’écoutais les cours d’une oreille (Ricardo répétait douze fois les mêmes choses pour les débiles), écrivais mon livre en parallèle, et notais LA PHRASE cash de Ricardo qui résumait tout le cours en trois mots. Donc tout s’est lié.

La philo qui déboite, l’art de la phrase qui matche, l’urgence d’écrire, et surtout l’idée juste. C’est un truc que j’ai volé à Nietzsche, Manson et Chuck Palahniuk aussi. Ils sont forts ces trois-là pour te fusiller en deux lignes.

Et c’est aussi un parti pris de dire des choses fortes ou compliquées le plus simplement du monde, d’une façon brute. Parce que la vérité a pas besoin de fioritures ni d’emballage, elle possède sa propre puissance, et que ça rentre bien mieux dans le cerveau quand ça sonne comme un slogan. Et oui ça sort tout seul, je le travaille pas.

  • 6 : Je sais que tu n’es pas qu’une globe-trotteuse, comme moi, mais aussi une exploratrice de l’état de conscience modifiée (c’est comme ça qu’on dit ?) et que tu n’as pas hésité à consommer différentes substances, sans entrer plus dans les détails, dont l’Ayahuasca entre autres plantes. Alors d’abord, quel est le cheminement qui t’as amené à cette prospection de ton toi profond, et ce que tu as découvert t’a-t-il foutu la trouille ?

Ce genre de truc, on a ça en soi depuis toujours, ou pas. Certains ont besoin de creuser leurs entrailles et de regarder ce qu’ils y trouvent sous un microscope, d’autres s’en cognent royalement. Du coup, quand t’as cette tendance, tu vas lire des trucs pour tenter de comprendre. Tu vas écouter de la zic style année 70 qui te conforte dans ton truc. Tu vas te défoncer pour aller encore plus loin. Et ensuite te tourner vers des choses comme la méditation, les voyages ou je ne sais quoi pour te transcender encore et toujours.

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L’ayahuasca que j’ai préparée moi-même dans la jungle avec Wish. On voit les lianes d’ayahuasca et les feuilles de chacuruna, mélange diabolique que j’affectionne plus que tout.

Si certains se limitent aux livres ou au yoga, moi, pas du tout. Par nature, je suis complètement accro à tout ce qui recèle de la puissance. Je supporte pas les gens qui font que causer sans qu’y ait rien derrière, ceux qui parlent sans savoir. Après ma license de philo j’ai décidé que j’en avais marre de la masturbation intellectuelle et qu’il était temps de se colleter au vrai monde. C’est pour ça que je suis partie en mode Into The Wild en Amérique Latine, seule, sans parler espagnol, pour un an avec ma tente dans le sac (j’avais fait pousser de la weed sur ma terrasse et je l’avais revendue pour faire du fric). Pour vivre, nom d’un chien, et arrêter de bavasser sans connaître le monde, à coup de concepts ridicules à force d’être éthérés. Je suis pour l’empirisme. Les intellos m’horripilent. Et donc fatalement je vais le plus loin que je peux. Et le monde de l’ayahuasca est un territoire à ma hauteur. Là de la puissance mon gars, t’en veux ?

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La maloca, hutte shipibo où on faisait les cérémonies avec Wish dans la jungle.

Putain de ta race, t’as intérêt à vraiment le vouloir, parce que quand t’es embarqué, y a plus de retour en arrière possible. Est-ce que j’ai flippé de ce que j’ai découvert, sur moi ou sur le monde ? Nan. Mais soyons franc, je suis pas quelqu’un qui se planque des choses à lui-même. L’ayahuasca c’est chaud pour ce type de personne, qui refoule, qui est dans le déni, qui s’empêtre dans la peur. Dans ces cas-là, ouais, ce que la plante te fout dans les dents, ça fait trop mal, et c’est le bad trip. Et pour avoir assisté à un truc de ce genre, c’est l’Exorciste putain, un truc à se chier dessus.

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La maloca vue de l’intérieur. Vous visualisez le truc, en transe ici en pleine nuit avec la jungle tout autour ?

Heureusement que Wish était un vrai chaman et pas un charlatan parce que la fille serait jamais revenue. C’était camisole, HP et adios. Par contre ouais j’ai été scotchée. Par les visions, par la force stupéfiante de la plante, la beauté de son esprit. Par ce que j’ai compris sur l’art, sur la conscience. Sur moi-même. Y a une fois où j’ai cru que j’arriverais jamais à en revenir, d’avoir compris tant de choses, avec tout mon être. J’arrivais plus à redescendre. J’en finissais plus de comprendre. C’était à la fois beau à en chialer, mais aussi terrible. Comme si t’avais vu le regard de Dieu et que tu pourrais jamais t’en remettre.

  • 7 : Tu es diplômée en philosophie (la classe, je ne suis même pas allé à l’épreuve du BAC pour cette discipline), et tu as de nombreuses sources d’inspirations hétéroclites (putain ce mot me fera toujours marrer) comme tu aimes à préciser. C’est souvent du lourd dans la réflexion, du profond dans le sens, en citant Nietzsche en pièce centrale qui articule tout ça. Non que ce soit fun (euh…) tu passes quand même par Bukowski et du plus léger ! Et je suis sûr, comme nous tous, que tu as aussi des inspirations honteuses, non ? Alors balance ! N’aie pas honte si tu aimes la saga de Laura Ingalls ou 50 Shades Of Grey !

Inspirations débiles, nan, parce que je garde que le meilleur pour mon livre. Hors de question qu’un truc nazbrok se retrouve dedans. Par contre ouais j’ai des gouts de merde pour certains trucs. J’adore les 3 Amigos avec Steve Martin et les deux autres ballots là. Je connais la chanson du génie d’Aladdin par coeur. Les Simpsons c’est en boucle, même en espagnol depuis la Colombie.

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TOM WAITS : Un amoureux parmi d’autres…

Quoi d’autre comme trucs honteux ?… J’ai l’humour Jack Black. Y a une époque où j’étais amoureuse de Tom Waits. Je veux dire, pour de bon, mode obsessionnel. Et oui j’ai lu 50 Nuances parce que ma meilleure pote était fan mais j’ai jamais trouvé que c’était de la vrai littérature, ni du vrai érotisme d’ailleurs. Désolé Oliver. Pas trop de casseroles on dirait.

  • 8 : Métro boulot dodo te file la nausée ! Toi non plus, le moule de la vie moderne ne te correspond pas et tu as tendance à la fuir de toutes tes forces. Jusqu’à quel point tu la refuses et pour toi, quel est le prix de la liberté absolue ? Je veux dire, quelles sont tes limites, légales ou illégales, pour faire ce que tu veux, quand tu veux, où tu veux, que ce soit social, professionnel ou familial ? Allez, à poil, balance ton côté sombre ! Come to the dark side, we have cookies…

Le truc, c’est que j’ai une vision de la liberté très intérieure. Contrairement à mes persos Travis et Tyler qui ressentent le besoin de le crier sur tous les toits et de se mettre sans cesse dans des situations de merde pour prouver au monde entier et à eux-mêmes qu’ils sont insoumis, moi j’ai pigé rapidement que la vraie liberté, c’est celle que tu conquiert, de haute lutte, sur ton propre esprit.

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Faire de la moto avec Wish au coucher du soleil… J’ai rarement eu l’air aussi épanouie de ma vie !

 

Et la vérité, c’est que cette liberté-là est bien plus difficile à acquérir qu’une quelconque liberté sociale. Je veux dire, se définir comme une victime de la société ou de son enfance, c’est le niveau zéro, quoi. Le truc de base. Bon y se trouve que moi j’ai eu la chance d’avoir une mère qu’a jamais voulu faire de moi autre chose que ce que je suis, et qui m’a appris à écouter mon âme sans aucune règle ou limite. Pour moi c’est juste normal d’être moi-même, de lutter pour mes rêves sans aucune considération pour ce qu’est bien ou mal, pour la vision que la société a de moi, ou encore pour ce qui est raisonnable. Le problème c’est que le conditionnement à des racines très profondes et pernicieuses qui se camouflent sous des airs de normalité, jusqu’à devenir une seconde nature. Désirer ce qu’on est obligé de faire. C’est vicelard, pas vrai ? C’est contre ça qu’il faut lutter. Et c’est presque contre son propre esprit que s’engage la bataille. Tout revient à une seule chose : La Peur. C’est ça qu’il faut déloger. Et pour ça, faut aller au-delà de soi-même. Dans tous les sens du terme. C’est pour ça que la transcendance à un telle importance pour moi, au point que j’en fasse l’axe central de ma vie. C’est la peur qui nous inhibe, et au final on se limite tout seul, en foutant ça sur le dos du monde, parce que c’est tellement pratique, pas vrai ?

 

TRAMPOLIN DE LA MUERTE
La route la plus dangereuse de Colombie, surnommée El Trampolin De La Muerte. Ça secoue grave et si tu tombes, tu meurs. Ça résume bien la situation. Mais pour moi c’est précisément ça, la liberté !

Rejeter la faute sur le système au lieu de regarder en soi et d’avoir le cran de plastiquer ses propres barrages. Des limites ? Et lesquelles, putain, pourquoi je devrais en avoir ? Pour devenir un zombie comme les autres, me maquer parce que j’ai peur de me confronter à moi-même, et d’avoir la liberté de faire ce que je veux ? Faire des gosses dans ce monde de merde, juste parce qu’une femme est censée avoir ce désir en elle et pour avoir quelqu’un qui s’occupera de moi quand je serais vieille (rien à battre, si la vie devient immonde, je me bute) ? Trouver un truc stable en dehors de l’écriture et des voyages parce que parti comme c’est j’aurais aucune retraite (je vous emmerde, je fais serveuse saisonnière parce que comme ça je suis libre d’écrire et de voyager comme bon me semble, foutez-vous le au cul, votre putain de CDI!) ? Ouais, rien de tout ça n’est raisonnable, selon la norme, mais pour moi, la vraie folie, c’est de vivre comme des robots. Parce que vous êtes déjà morts sans jamais avoir vécu.

  • 9 : Nous avons tous (la #TeamFuckedUp et au-delà, les gens qui t’apprécient) été très triste d’apprendre la disparition de ton ami / mentor, le maestro Shipibo Wish, qui compte si fort qu’il est présent dans tes livres. Raconte-nous une anecdote, quelque chose qui lui rendrait hommage, partage avec nous si tu veux bien !

Ca, c’est pas dur. J’ai passé tant de temps avec lui, seul à seul, que les anecdotes c’est pas ça qui manque. Un truc marrant sur lui : il détestait les gens spirituels. Je crois qu’on est tous d’accord pour dire qu’on peut pas faire plus spirituel qu’un chaman.

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Wish, avant une virée en bateau.

Mais voilà, les occidentaux en mode yoga, sarouel et riz complet le débectaient profondément. Soyons franc, la majorité des étrangers qui viennent prendre de l’ayahuasca font partie de cette clique d’illuminés, peace et calme, pleins de lumière dans les yeux, qui te tiennent des propos où il est fatalement question de vibrations, d’ouverture, d’amour universel et je ne sais quelle conneries. Wish et moi, on pouvait pas les saquer.

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WISH CÉRÉMONIE : Imprégnez-vous de l’ambiance…

On levait les yeux au ciel dès que l’un d’eux s’emballait en propos ésotériques philosophico-relou, et on partait dans notre coin se fumer un joint (ouais, Wish fumait des joints de weed comme un bâtard, comme le dernier des bédaveurs de té-ci). Parce que lui, c’est le chamanisme sauvage qu’il pratiquait. Le vrai truc. Pas le machin aseptisé qu’affectionne les gringos, entaché de dogmes spirituels ou religieux de tous bords, comme un mix de toutes les traditions. Lui et moi, on buvait notre plante, et on partait dans son monde, en se salissant les mains. C’est grâce à lui que j’ai pu aller si loin avec la plante, parce que ce mec était un surfeur de l’infini, intrépide, calé sur sa planche, à l’ancienne. Un vrai de vrai, quoi.

  • 10 : Quelle est la question que tu n’aurais pas aimé que je te pose, genre une question bien fucked up ? Je me doute qu’il n’y a pas grand-chose qui te fasse flipper, mais avoue, allez avoue ! quelle question ? Ah oui, et je précise, une fois que tu me dis laquelle, tu es priée d’y répondre !! Tu t’y attendais, j’en suis sûr, alors ne la joue pas p’tit bras sur ce coup !

Alors le truc qui m’emmerde : Qu’est-ce que je vais bien pouvoir branlé après avoir fini d’écrire la saga Borderline ? Sans déconner, je mets trop de moi dans ce truc, absolument tout ce que je suis, tout ce que j’ai appris, tout ce que je veux comprendre, toute ma rage de vivre… Et j’ai peur d’être vide quand ce sera fini. D’avoir plus rien à dire. De plus être foutue de me donner autant pour quelque chose d’autre. Tu te rends comptes que ça fait plus de la moitié de ma vie que je taffe dessus ?

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MAISON DINAMARCA : Ça pourrait ressembler à ça, le renoncement au monde des hommes…

Que tout ce que je vois, lis, entends, apprends, vis est destiné à être retranscrit ensuite dans ce fichu truc ? Et je me vois pas écrire trois merdes ensuite, juste pour dire que j’écris. Ceci dit, je pense pas pouvoir tenir dans le monde des hommes indéfiniment, alors peut-être bien que je me contenterais de partir dans la jungle, une bonne fois pour toutes, et de m’embarquer enfin pour un voyage sans retour… où j’espère retrouver Wish, qui m’attendra avec un joint au bec et son sourire de malade, en me disant : T’es prête ?

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Rendez-vous de l’autre côté Hombre !

 

Merci pour cette belle Interview !

 

 

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