L’interview qui tue ! #8 De l’Artiste DJ Ponpon, par Zoë Hababou #FlyboarderCommunity #TeamFuckedUp

Alors qu’il ne me reste qu’une petite semaine avant de sortir de l’hôpital psychiatrique, étant enfermée sous contrainte depuis près d’un mois, je continue de recevoir les Interviews qui tuent ! De Zoë Hababou.

L’une est confinée en Colombie, l’autre à Paris. Malgré tout, nous y parvenons, avec nos moyens, moi en me cachant des infirmier.e.s car je le rappelle : je n’ai pas le droit d’avoir mon téléphone et / ou ma tablette.

Mais j’ai profité d’une faille dans leur système de rotation entre équipes pour récupérer le tout. Voilà comment j’ai pu empêcher in extremis de voir le site de Flyboarder de disparaître faute de paiement à l’hébergeur.

Mais à présent, cela est derrière nous. Je vais sortir d’ici peu, donc il faut que je sois sur mes gardes. Heureusement que vous êtes là, tous les jours, pour me soutenir et soutenir les artistes indépendant.e.s.

Mademoiselle H?

Les autres Interviews qui tuent !  #1 #2 #3 #4 #5 #6 #7

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Zoë Hababou
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DJ Ponpon
  • 1 : Salut Damien, ou DJ Ponpon, du coup. C’est-à-dire qu’on ne sait pas trop à qui on s’adresse, hein, pardon ! Un DJ qu’aurait brutalement décidé d’abandonner ses platines pour se mettre à écrire, un mec qui mixe avec du papier, un bonnet à pompons solidement vissé sur le crâne ? Bref on sait pas ! Alors tu seras gentil de rectifier le tir et d’éclaircir ta situation, mon chou. Merci.

Ah, je vois, on veut de l’origin story comme au cinéma. Mais qui est cet étrange individu dont on ne sait pas si c’est du lard ou du cochon ?

On va commencer par ma règle d’or : toujours prévenir que je dis des conneries, généralement une phrase sur deux.

Avec ça, t’es bien avancée, et on démarre. Pour l’État Civil, c’est bien Damien. Ponpon est un surnom que m’a trouvé l’un de mes formateurs au BAFA à cause de… mon bonnet à clochettes que je portais pendant les sorties ski. Quand je me suis lancé dans l’animation musicale avec deux potes, il nous fallait des noms de scène, et j’ai ajouté DJ à Ponpon.

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Ma première table de mixage. Encombrante, mais parfaite.

J’ai officié comme disc-jockey pour des mariages et soirées étudiantes pendant 7 ans, si ma mémoire est bonne, en parallèle de mes études d’éducateur spécialisé et de mon boulot par la suite. Pour raisons familiales, j’ai quitté mon Anjou natal pour « monter » (comprendre « m’enterrer ») à Paris. Continuer mon activité de DJ mobile dans un autre département, et même stocker mon matos au prix du mètre-carré parisien, n’avait aucun avantage, alors j’ai arrêté. J’ai gardé le nom. Rempilé une fois ou deux. Re-déménagé direction Lyon. J’ai repris le pseudo à mon inscription sur Twitter. Trop de Damien, trop d’occurrences aussi d’un autre pseudo que j’aimais bien (Paul Tergeist). Et de ficelle en aiguille (hein?) me voilà qui répond à tes questions. Tu t’y retrouves ou j’allume la lumière ?

  • 2 : Tu fais partie de ces auteurs prolifiques qui on tout un tas de petits textes éparpillés sur les réseaux : micro-nouvelles, nouvelles, défis divers… On te connait à peine mais en fait si on regarde bien, tu es partout, limite on croirait que tu as le don d’ubiquité ! Moi qui ne pratique pas du tout ce genre d’écriture, j’aimerais savoir comment on s’organise avec son imagination pour produire des tas de textes comme ça, sur demande, et bien souvent avec des règles et des contraintes. Comment ça marche ? Ça se bride en fait l’inspiration, ça se contrôle ?
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Rare image obtenue par par transparence de mon cerveau au repos. En action c’est pareil, mais tu vois plus la boule.

Prolifique je sais pas. En nombre de mots ou en sec comme on dit chez les auteurs (sec pas comme le saucisson, on est sur signes espaces comprises — et arrête de m’interrompre parce que je vais manquer de signes de ponctuation pour me sortir de mes digressions), ça fait pas bézef.

J’ai commis quelques dizaines de micronouvelles, principalement en réponse aux défis en image de KeoT.

J’ai publié quelques nouvelles originales (en réponse à des appels à textes ou des défis) sur WattPad avant de migrer sur Scribay (cherche pas, c’est les mêmes sur les deux plateformes). L’ubiquité ça doit être pratique, surtout en semaine, mais je dois cette profusion à une certaine organisation de mon temps. Je digresse encore, mais tu auras remarqué que j’écris moins durant le confinement. Il se trouve que je suis « réquisitionné » pour exercer mon job d’éducateur dans un autre établissement que le mien jusqu’à la fin de la crise. Mon rythme habituel est chamboulé et je n’écris plus comme avant.

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Mon bureau du vendredi.

J’ai commencé par m’astreindre devant l’écran une à deux heures selon les occasions, tous les vendredis après-midi, dans ma bagnole. Et ouais. Je bosse pas à ce moment là, j’attend que mes gosses quittent l’école, et j’écris les micronouvelles dans la voiture. Le format, la réponse à un défi image ou texte (comme sur Scribay), tout ça se rapproche de ma pratique du théâtre d’impro. On te donne un thème, un titre, un mot, parfois une contrainte (au moyen âge… à la manière de… dans un bar à putes…) et après une minute de concertation, tu montes en scène, seul ou avec d’autres, pour inventer une histoire qui tient la route au moins deux minutes.

Mon ancienne troupe était douée, et dissipée. Du coup en match d’impro on passait nos concertations à déconner et on montait en scène sans filet, sans préparation. Impro totale. Et ça m’aide pour écrire. Surtout du format court. Donc oui, si tu veux parler de bride, c’est possible de contenir l’imagination dans un cadre prédéfini.

Mais l’impro, ça s’improvise pas. Ça se prépare par des exercices, des mises en situations, des entraînements.

Mes textes sont en partie liés à cet entrainement. On retrouve ça en scène DJ aussi. Parfois, il te reste 30 secondes pour enchainer une chanson… L’expérience et la sensation de la foule te guident. Tu trouves le bon titre et tu le cales à temps, ou tu te merdes, fais un blanc et vide la piste. Ça arrive. Heureusement, en écriture, tout n’est pas aussi instantané que sur scène. La correction est possible et les ratés… pas aussi visibles.

La même en réponse courte ? Brider l’inspiration : c’est mal. La canaliser par le biais de l’entraînement et d’une régularité de pratique : c’est bien.

  • 3 : Pour continuer sur la même lancée, j’ai envie de te demander comment ça marche pour toi, le processus artistique (attention mot pompeux). Chacun a sa manière de faire, se branche sur différentes sources pour nourrir son imaginaire (whisky, films d’horreur, passé trouble ou amour foireux), et s’installe face à sa feuille ou son ordi avec tout ce matos pour pondre l’œuvre du siècle. Alors pour toi, c’est comment ? T’as une routine particulière, des tocs à respecter, un talisman planqué dans le slip pour te donner courage, bref, déballe-nous ta vie, gros !
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Le carburant à l’état brut. Et, aussi, je mange, équilibré, bio, de saison.

Bon, j’en ai parlé un peu avant. Je peux écrire n’importe où. J’ai un bureau toujours encombré chez moi. Là je suis dans le canapé. J’écris dans ma voiture à l’arrêt ou pendant que ma femme conduit (les trajets de vacances sont parfois longs). Oui, d’ailleurs, j’ai pas encore dit graisser à cette question.

Tu savais, toi qu’on peut avoir le mal des transports au point de pas pouvoir lire en bagnole, tout en étant capable de taper un roman sur l’autoroute ?

Donc le lieu importe peu du moment que je m’isole un peu, au moins du point de vue auditif (tu la vois venir la marotte ?). Je carbure au café, ou à rien si c’est la nuit. Et pour m’isoler en cas de bruit ambiant, un casque et de la musique. Ça peut être n’importe quel style, mais je me plonge généralement dans des mixes trance de DJ connus. Je les connais par cœur, ça a un côté apaisant, un peu planant. Mon slip va bien. Et mes sources — je remonte dans ta question foisonnante — c’est quelques lectures, pas mal de séries télé, des films variés (action, SF, fantastique, Bollywood, nanars…). Quelques bouquins et ressources sur les techniques d’écriture ou de scénario aussi. Je me suis découvert des tendances d’architectes sur les projets plus longs que les nouvelles.

  • 4 : Une nouvelle que j’ai vraiment adorée chez toi, c’est “Entretien avec un fictif”. Et quand je dis adorer, le mot est faible. Rarement il m’a été donné de lire un texte si court porteur de tant de signification. Ce truc est juste incroyable. Il a genre 4 angles, 4 niveaux de lecture possibles. Les symboles qu’il manipule sont déments, les personnages qui incarnent les différentes stases de la psychologie humaine (ça, moi, surmoi), les déformations temporelles (paradoxe et compagnie, oui moi aussi ça me dépasse, rassurez-vous), le côté schizophrénique de l’artiste avec ses propres personnages, nan mais attends… Juste wouhaou quoi ! Ça va pas être simple pour toi, et je te plains mec, mais là va falloir que tu nous expliques comment t’as pu inventer un truc pareil !
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Un jour une migraine. Comme parfois. Et celle-ci est porteuse d’inspiration. Quelques jours plus tard : Entretien avec un fictif.

Je me suis souvent posé la même question pour les textes que j’ai pu lire. J’ai envisagé de rajouter un chapitre sur les origines de chaque texte sur Scribay. Mais c’est pas encore fait. Celui-ci a une vie singulière. T’as le temps ? Tu te fais pas trop chier ? Assieds-toi.

En 50 avant que Jésus ne crie… euh… Je voulais participer au Prix René Barjavel 2020, pour me confronter à un sujet inconnu dans un format plus long.

J’avais une idée, mais elle manquait de matière. Dans l’attente du thème de cette année, à force de conversation sur Twitter sur le Rôle Play entre les auteurs et leurs personnages, j’ai décidé d’écrire une nouvelle là-dessus en y incluant quelques clins d’œil aux twittos concernés. La nouvelle telle quelle est visible sur Scribay (WattPad aussi, mais je vais arrêter de citer les deux, sans ça c’est chiant). Et je me suis rendu compte qu’à deux phrases près, j’avais répondu au thème du concours

« Il y a quelqu’un dans ma tête, et il n’est pas de ce siècle ».

J’ai donc décidé de reprendre le texte et d’y ajouter l’essence de ma première idée, celle qui manquait de matière et venait d’en trouver. C’est le texte que tu as lu. Et que je ne peux pas publier avant le résultat du concours, repoussé pour cause de Covid à octobre. Je vais être honnête avec toi. Je ne l’ai pas sciemment construite avec quatre niveaux de lecture. Mais je suis ravi que tu y aies décelé autant de choses. Chacun peut y trouver son compte, c’est ce qui me plait dans cette histoire. Dans ma branche, j’ai été amené à pas mal travailler avec des psys, notamment autour des concepts analytiques (entre autres de Freud) et cette lecture que tu as des concepts du ça / moi / surmoi / idéal du moi, elle n’est pas volontaire de ma part. Peut-être que je ne sais pas ce que j’écris. Peut-être que je me base sur des connaissances connexes, acquises sur le terrain. Mon objectif avec cette nouvelle, comme avec toutes les autres, c’est de raconter une histoire un peu drôle et qui pose quelques questions au lecteur. Ah ! Et puis je voulais écrire des gros mots, alors je les ai mis dans la bouche du personnage principal.

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Faut pas croire, en fait, je bite rien à rien.

Addendum (deux jours plus tard): j’ai trouvé un cinquième niveau de lecture auquel tu ne t’attendais pas, ça te la coupe hein ? Attention, petit spoiler avec la version envoyée au prix Barjavel (lisez le texte —à compter de novembre — ici avant : Entretien avec un fictif) : la projection. Chaque auteur met un peu de lui dans ses textes, immanquablement. Et si j’y avais glissé un auteur à l’aube du texte qui changera sa vie, sans imaginer que ce texte pourrait gagner un prix qui changerait l’image que j’ai de moi ? Résultats en octobre (non, mais déconne pas, les autres textes sont évidemment excellents, aucune chance).

  • 5 : Un autre texte absolument génial, que j’aimerais qu’on analyse ensemble, c’est celui de Dieu, là, “Accord Majeur”. Ouais, tu sais bien, Dieu qui s’invite à la COP 25 pour remettre les pendules à l’heure à ce tas de cons qui sont censés représenter l’Humanité. Ce texte se démerde pour être à la fois cynique, plein d’humour, blessant dans sa vérité qui fait mal, plein de références pointues sur l’univers (je pense à la synchronisation des vibrations), bref, en ce qui me concerne, si t’es capable de produire ce genre de chose en mode roman, je crée une maison d’édition rien que pour pouvoir t’éditer et je fais de toi mon cheval de course numero uno. Mais oublions Dieu et mes fantasmes et parlons de la connerie humaine. Y a quelque chose que tu veux nous transmettre, à travers ce genre de texte, ou bien c’est juste divertissant, pour toi ?
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Life of Brian, des Monty Python’s. L’humour sert ici à dénoncer l’absurdité des religions. Cette image est tirée de la fin. Un groupe décide de suivre les enseignements de Brian et de vénérer sa chaussure.

C’est un texte en réponse au défi « Déification » de mon collègue/ami Sam Bender  sur Scribay. À l’heure où j’écris ces lignes, j’ai écrit et publié 2 chapitres sur 3. Le texte est cynique parce que c’est l’un des regards que je porte sur le monde, notamment en matière d’avenir écologique et politique. Donc Dieu qui débarque plein du savoir de l’Univers, je le vois un peu blasé et cynique. La question des vibrations, c’est en lien avec certaines théories scientifiques (ça me botte bien ça) et la musique. J’espère qu’au moment où tu publieras notre entretien j’aurai fini le texte. Ce sera plus clair. Notamment au regard de mes expériences passées personnelles (Non, je n’ai jamais été Dieu…).

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ça se passe de commentaires…

Pour la maison d’édition, on s’en reparle quand j’ai plus de textes, ou quand j’aurai fini de procrastiner mon roman ? Quant à transmettre quelque chose, j’évite les messages politiques ou engagés explicites. Y’a des gens dont c’est le boulot.

(je reviens, je vais vomir un peu) ;

Je raconte des histoires. L’histoire de la Terre, elle est pas toute rose (spoiler : elle est bleue). Elle est faite de guerres, de maladies, de palabres, de naissances. Les humains savent qu’ils ont brûlé la chandelle par les deux bouts, et ils veulent pas faire d’effort collectif en tant qu’espèce. Même un pangolin aura eu plus d’impact sur le rythme de l’humanité que le réchauffement climatique. OK, le mur c’est par là. Accélérez. Pendant ce temps, je raconte une histoire. Et c’est aussi un divertissement.

  • 6 : Bon, Mister Ponpon, tu permets, rêvons un peu. Si t’avais la possibilité d’abandonner tous les choix foireux que t’as pu faire dans ta vie, d’appuyer sur le bouton reset et de repartir avec un entrain de jeune homme tout frais sorti du cul de l’univers sur les routes du destin, à quoi elle ressemblerait, ta vie ? Attention, loin de moi l’idée de critiquer ou de juger ta life, mais ce serait intéressant de savoir quelle dégaine elle aurait, ta vie idéale, sans concessions, sans encombres, juste toi et tes rêves.
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Je suis passé dans le journal récemment. Si, si, le 1er avril. Qui a dit que je l’avais photoshopé moi-même ? Viens-là qu’on s’parle ! Mécréant!

J’ai jeté un froid pendant une formation professionnelle récente. La formatrice nous a demandé de nous présenter presque exclusivement avec notre « rêve le plus fou ». Ça m’a énervé — bon, j’avais pas demandé à être là, ça déjà ça te pose mon manque d’ouverture du jour — parce que je ne voyais pas l’intérêt. Mes collègues parlaient de saut à l’élastique, de piloter un hélico…

J’ai donc dit que je n’avais pas à rêver d’un idéal, que je vivais mes rêves, là et maintenant.

C’est la seule fois où j’ai publiquement reconnu être devenu écrivain. Oui parce que du coup, ma réponse complète c’était « j’ai décidé d’écrire, j’en ai rêvé et je le fais maintenant ».

Comme tu m’emmerdes pas, je te ressers la même réponse, mais moins sèchement.

J’ai eu des hauts et des bas, j’ai vécu des trucs dingues et j’en vis encore. J’ai deux gosses, trois d’ici la fin 2020, une femme qui me soutient, un boulot souvent chiant mais que je fais bien (personne me complimente là-dessus, je m’envoie des fleurs tout seul) et j’écris. C’est pas mal. J’aurais volontiers continué à être DJ, mais c’est fatigant avec la vie de famille. Et le théâtre me manque parfois, mais je manque de temps pour tout faire. J’écris, et ça compense bien.

  • 7 : J’ai bien tenté de te comparer à des auteurs que j’ai lus, histoire de comprendre d’où te venaient ton style et tes idées, mais disons-le tout de suite, j’ai clairement échoué. Y aurait peut-être un brin de K. Dick, ouais. Mais c’est vague. Personnellement, j’adore savoir comment les auteurs se sont forgés, à quoi ils se sont branchés comme des malades dans leur jeunesse, quelles sont leurs références ultimes, de quoi est constituée l’électricité qui parcourt leurs veines… Donc vu que tu es un mystère pour nous, c’est le moment de révéler tes secrets de fabrication : un peu de ci, un soupçon de ça, on t’écoute.
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Mes premières découverte avec l’humour écrit, je les dois à Desproges. J’ai une intégrale plus grosse qu’un dictionnaire.

Depuis la première question, je rêve de répondre en une ligne (ça te ferait un peu chier, hein, avoue), mais là, non. J’ai lu quelques œuvres de P.K.Dick, énorme, et vu pas mal de films inspirés de ses écrits. Il était quand même grave torturé le garçon.

Moi je suis juste un connard, pas un grand dépressif paranoïaque.

Mes premières lectures, c’était Oui-Oui et Astérix, mais tu t’en fous. Le Môme en conserve de Christine Nöstlinger, j’en ai de bons souvenirs aussi. C’était quoi la question ? J’ai quelques grands classiques de jeunesse en ciné, télé, littérature, je me suis forgé à ça. Star Wars (j’ai arrêté), Dark Crystal (j’ai repris), Piège de Cristal (à revoir), Les Tontons Flingeurs (une fois par an au moins), Kaamelott. En lecture, les Livres Dont Vous Êtes Le Héros (premiers écrits enfant aussi), les premiers Werber, Barjavel, Wul. Du théâtre, Molière, Jaoui et Bacri, le Père Noël est une ordure (je l’ai mis en scène et joué). Desproges aussi, pour le texte, cynique et froid, drôle en attendant la mort. Un génie. D’autres humoristes, Arnaud Tsamère, Jérémy Ferrari, les Nuls, François Rollin, Daniel Prévost. J’en oublie…

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Y’a tout dedans: de l’humour absurde, de l’humour vache, de la poésie. Il aimait pas trop la scène, mais les mots certainement.

J’ai l’impression de t’écrire une liste de courses. Je suis le produit de tout ça et d’autres choses encore. On gardera le reste pour ma biographie. Mode digression ON ! François Rollin parlait en 2010

 de l’humour, de ses limites et particulièrement de l’idée qu’il s’agisse d’une catégorie « produit d’appel ». À ce moment, son propos est de dire que catégoriser une œuvre dans l’humour, par opposition à d’autres catégories, lui semble absurde. L’humour n’est pas une catégorie, mais un outil, un biais. Je m’efforce au quotidien d’user de l’humour comme un outil (y compris au boulot), et donc de ce point de vue, je n’écris pas des textes pour qu’ils soient drôles.

Il se peut que l’humour permette d’aborder des sujets sérieux, donc je m’en sers. Mais ce n’est pas une fin en soi.

Je retombe sur mes pattes — mode digression OFF — en retournant au Père Noël est une ordure par exemple, qu’on tient comme un monument de l’humour un peu trash des années 80. Le texte est profondément social ; il parle de la misère humaine, du manque d’écoute et de l’égoïsme. Bah c’est pas drôle. D’ailleurs, combien de gens savent que la pièce se termine TRÈS mal, là où le film pirouette ? J’ai peu de textes profondément drôles, et beaucoup de références dans cette « catégorie », parce que j’aime lire ce qui est entre les lignes. Ça se voit qu’on a coupé l’entretien en plein milieu de la question 7 ?

  • 8 : Je te rassure d’emblée, on en est tous là. Hormis Stephen King que je salue bien bas, j’ai le sentiment qu’on est tous là à galérer comme des chacals pour concilier boulot de merde et vie d’artiste. Sans parler de la vie familiale (c’est pourquoi j’en ai pas. Trop de paramètres dans l’équation). Je vais pas te demander comment toi tu gères, parce que ça regarde que toi. Mais par contre j’aimerais que tu nous dises ce que ça signifie, pour toi, être un artiste. Et d’autant plus dans ce genre de contexte où on doit cumuler toutes les casquettes.
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Puisque j’ai plusieurs casquettes, voici mes lectures du moment. En boucle, en boucle, en boucle…

Je gère par la force de mon super pouvoir de procrastination : Vaisselle ou écriture ? Vaisselle ! Un épisode avec Madame ou écriture ? DEUX épisodes ! Écriture ou préparer le goûter pour les mini-humains que j’ai engendrés ? Vaisselle, goûter et cumul de casquettes !

Bon, du coup j’écris quand j’ai du temps tranquille. Comme je le disais plus tôt, j’y arrive dans la voiture pendant qu’on me conduit, mais ça reste rare. C’est surtout la nuit, avant de dormir ou pendant une insomnie, ou en pause au boulot. Tu demandes pas, mais tu voulais savoir.

Entre les lignes… Et c’est justement entre les lignes de tes questions et de nos échanges que j’ai compris un truc que je refusais d’admettre depuis longtemps: je suis un connard !

euh… non, ça je le savais. Je le revendique. Je suis un artiste. Quand j’ai lu ta question pour la première fois, je me suis dit que tu exagérais un peu. Mais à force de te répondre, je reviens sur 30 ans de bain artistique. DJ, théâtre, écriture. Parfois en même temps, parfois avec des pauses de plusieurs années. Je vais continuer de faire une différence entre moi et les artistes, au sens où pour certains, c’est leur métier. Ils en vivent. Moi non. J’ai gagné un peu de thunes en tant que DJ, mais juste de quoi me payer quelques concerts et du matos. Pas les factures courantes. L’écriture et le théâtre : zéro euros. Donc, parce que je les respecte trop pour comparer mon investissement artistique à celui des gens dont c’est le métier, je ne vis pas de mon art. Mais je reste (je viens de m’en rendre compte) un artiste au long cours. Tiens, ben je vais me coucher moins con, j’ai appris un truc sur moi. Merci Zoë.

  • 9 : Bon ben voilà, on commence déjà à te connaître un peu mieux mon Daminou. On creuse encore un peu, t’es d’accord ? Je sens un riche terreau en toi, quelque chose de fertile, qui ne demande qu’à croître avec vigueur en échange d’un tout petit peu d’eau et d’attention. Je déconne pas. C’est pas évident de le cerner, mais il existe une véritable profondeur dans tes textes, si minces soient-ils. Et une profusion de thèmes que tu sembles maitriser comme un pro, bien que tu les dissémines au compte-goutte, en passant, sans en faire cas. C’est un truc que j’admire. T’es là, tu balances, sans en faire des caisses, mais pourtant on sent que tu sais de quoi tu parles. Alors voilà ma question : Quels sont les sujets qui te tiennent à cœur par-dessus tout, les idées que tu aimerais développer dans ton œuvre future coute que coute, le truc qui te colle à la peau et qui vit en toi sans pouvoir être maîtrisé ?

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    Le doudou qui m’a inspiré « La Peur du Loup » en version avant/après. SI, si, c’est bien le même…

Je crois qu’il existe de par le monde deux catégories de gens : ceux qui m’appellent Daminou, et les autres. Dans la première catégorie, elles sont deux et y’a plus de place. Ok ?

Bien, où en étais-je ? Je t’ai dit déjà que j’étais pas souvent à l’aise avec les compliments, non ? J’aimerais que tous mes textes puissent avoir une profondeur cachée, mais j’en suis pas là. Je cherche encore à parfaire mon style. Les thèmes que je ne maîtrise pas mais dont j’ai besoin, je prends un peu le temps de les étudier.

Pour un autre projet de roman (que j’ai mis en pause parce que je manque de préparation), j’ai farfouillé tout ce que j’ai pu autour de la physique des particules, leur interaction, les inconnues dans le domaine. Science-fiction, oui, mais basée sur des vérités scientifiques — dont on s’absoudra le moment venu mais enfin là n’est pas la question.

J’ai entendu un cri dans le fond… Quoi ? « Procrastination » ? Applaudissez-vous jeune homme. Vous avez gagné l’expression de ma gratitude.

Comment ça je tourne autour du pot ? C’est pas bientôt fini ces interruptions grotesques et ces points d’interrogations partout ? Ah non, ça c’est moi. Au temps pour moi. — Tous les sujets de société sont important (t’as vu, j’ai pas perdu le fil) mais est-ce que j’ai envie de tous les aborder, est-ce que je suis légitime à tous les aborder… frontalement ?

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euh… y’en a qu’on essayé, ils ont eu des problèmes !

J’aime assez qu’on se pose cette question dans un texte : « j’aurai fait quoi, Moi, à sa place ? ». Quand j’ai envie d’aborder un thème plus fort, j’essaie de guider le lecteur par là. Qu’il se pose cette question. Ma première nouvelle La Peur du Loup joue de ça. Maltraitance généralisée dans une famille, on fait comment pour s’en sortir ? Le lecteur trouvera sa propre idée, mais je ne lui donnerai que la serrure, pas mes clés. Je pense qu’au fur et à mesure de mes écrits, notamment dans mon roman, on pourra déceler les thèmes de l’isolement, de la différence et du vécu de celle-ci, dans sa grande diversité. Accepter l’autre comme différent mais pas inférieur, voilà un grand thème. Un soupçon d’écologie aussi, quand ça sort pas du chapeau.

  • 10 : Concours, défis, micro-nouvelles, jeux sans fin avec Metal Ass Bender, et tweetage irréfréné de GIF Kaamelott, c’est bien tout ça, c’est même très bien, mais dis-moi, tu nous prépares un bon gros truc bien ouf, dans ta petite tête, hein, pas vrai ? Un genre de roman plein de paradoxes humains et temporels, à la fois cynique et philosophique, mais avec cette touche d’humour que toi seul possèdes ? Pas vrai ? Allez vas-y parle-nous de tes projets, des manuscrits qui trainent dans ton tiroir, des fichiers en souffrance sur ton ordi, dévoile-nous ce qui nous attend pour la suite de ta carrière !
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Mon bureau. On voit pas trop le bordel, ça va ?

J’ai entamé en novembre un roman et un défi de micro-nouvelles improvisées. Les deux sont toujours en cours.

Le défi consiste comme d’habitude à répondre en un tweet à une image, mais là c’est 40 images successives qui content la même histoire. Il m’en reste une dizaine. Ça s’appelle Mission Nova et j’y ai choisi une narration à la première personne du pluriel assez particulière.

J’espère que la chute vous éclairera sur le chemin (initiatique) parcouru par les protagonistes. Pour le roman, je te fais une exclu: la première tentative de Pitch:

« Elle présente l’Eurovision pour la première fois. Lui fait partie de la sécurité du télécrochet, du moins, à ce qu’il dit. Ce matin il ne se connaissaient pas ; ce soir, ils sont dépassés par les évènements lorsque le show musical tourne au cauchemar. »

Le roman se déroule pendant l’Eurovision, dans un futur contemporain. À ranger, probablement, dans la catégorie new weird, mais si je dis pourquoi je révèle la première grosse surprise du bouquin. J’en ai causé un peu avant, j’ai aussi un projet de roman qui me tient à cœur, mais que j’ai mis de côté faute de préparation suffisante. Voyages dans le temps sur fond de business en famille, dans un hôtel. Pire. Pitch. Ever.

Après ? Aucune idée. Un défi Scribay ? Un soupçon de procrastination ? Une réorientation professionnelle ? On verra. L’avenir est tout proche, derrière la porte. Mais je dois être prêt pour le suivre. Là je peux pas, je suis encore en pyjama.M

Merci Damien !

Merci Zoë !

Un Grand Merci à Laurence David, pour son aide à la correction de la partie de Bibi ! 😍😘😘😘 Voici son site internet pour découvrir son univers : Laurence David

 

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