L’interview qui tue ! #11 de l’artiste Mathieu BROSSARD par Zoë Hababou

 

Découvrez l’interview qui tue ! De Mathieu Brossard, par Zoë Hababou.

Faites la connaissance d’un artiste au talent narratif hors du commun !

 

 

Dan Luvisi, lms-hex.
  • 1 : Salut mec ! Bon, perdons pas de temps en salamalec, nous avons ici des lecteurs (qui sont bien souvent aussi auteurs, paye tes critiques !) qui meurent d’envie de te connaître. C’est pas pour te faire chier, mais bon, soyons cash : tu sembles prendre un malin plaisir à jouer les filles de l’air (c’est pas comme ça qu’on dit ?). Ton talent ne fait de doute pour personne, et pourtant tu te mets jamais en avant. T’as pondu un recueil, Fractures, qui tient la dragée haute à tout ce qui se fait de mieux dans le domaine (horreur, fantastique, chelou), mais tu persistes à te comporter comme un fantôme illégitime qui s’excuse d’errer dans les corridors et de secouer ses chaînes (merde, c’est pourtant la vocation d’un fantôme). Ma question est limpide : Mat, tu fais chier. Présente-toi.

Je suis un homme, pas loin de la quarantaine, bélier ascendant vierge. Marié, trois enfants. J’écris depuis que j’ai dix ans environ. J’ai commencé à écrire en adaptant des BD en roman. Puis j’ai vite compris qu’il était bien plus marrant d’écrire mes propres histoires.

J’écris des nouvelles principalement, mais des poèmes aussi – pas très originaux j’en ai peur. J’adore lire, le cinéma et la musique.

J’adore tout ce qui touche à l’art visuel (photo, cinéma, peinture notamment) et il m’arrive de faire de la retouche photo quand j’ai deux-trois secondes à moi. J’ai fait des études en fac de cinéma (4 ans, mais je n’ai pas terminé le cursus). Aujourd’hui, j’ai un travail banal, pas de hobbies ou passions particulières. Je ne suis spécialiste en rien et passionné par rien en général. Je ne fais pas de sport, bien qu’il faudrait que je m’y mette. Je suis tout ce qu’il y a de plus classique, banal et ennuyeux. Mais ça me va bien, ça me permet d’observer le monde sans me faire remarquer. J’aime bien observer autour de moi, non pas pour m’inspirer pour mes écrits, mais simplement pour en apprendre plus sur la société, l’être humain. Je trouve ça assez… fascinant.

Voilà, en quelques mots, ce que je suis.

  • 2 : A la fin de la première nouvelle de Fractures, il y a cette citation de Johann Wolfgang von Goethe : “Ce qu’un homme ne sait pas ou ce dont il n’a aucune idée se promène dans la nuit à travers le labyrinthe de l’esprit.” Je suppose qu’avec un état d’esprit pareil, tu vas me dire que tu ignores d’où te viennent tes idées, pas vrai ? Dommage. Ca me suffit pas. Tu fais preuve d’une brillante imagination, et je voudrais vraiment savoir ce qui alimente une telle machinerie.

En fait, j’ai mis cette citation parce que ça faisait cool et mystérieux…
Je ne sais pas si j’ai une imagination brillante, mais il est vrai que j’ai une imagination débordante : Il y a peu de chance que je connaisse le blocage de la page blanche. Donc, qu’est-ce qui fait tourner le petit cerveau qu’il y a là-haut ? Je dirais que le moteur principal, l’essence même, c’est la musique. La musique est quelque chose de vraiment important pour moi, et je suis plutôt éclectique dans mes goûts : rock, métal, opéra, pop, classique, dubstep… Pas trop de rap (bien que j’apprécie quelques artistes quand même).

 

Avec ma Lag Roxanne Originale. Jai jamais appris à jouer, du coup de suis tres mauvais. Mais jaime ca, alors bon.

La musique me crée des images mentales, comme une scène de cinéma. C’est à partir de cette scène que je développe ensuite l’histoire.

Et quand je bloque sur une situation, je laisse la musique que j’écoute à ce moment-là m’emporter jusqu’à ce que la situation se débloque, ce qui arrive quand même relativement vite. Après j’ai d’autres supports qui me font carburer : la photo, la peinture. A partir d’une image fixe, j’adore imaginer l’histoire qui pourrait l’entourer, un peu comme une fenêtre sur le monde : tu ne vois pas ce qu’il y a hors-cadre, et pourtant ton cerveau comble les manques.

Et parfois je mélange tout ça pour un résultat qui n’est pas toujours intéressant. C’est pourquoi j’ai une technique : lorsque j’ai une idée, je ne l’écris nulle part. Si quelques temps après (là, il n’y a pas de règles : semaines, mois, année…) je m’en souviens toujours, c’est que c’est un sujet qui vaut le coup. Sinon, c’est que c’était probablement un coup dans l’eau. Et crois-moi, avec ma mémoire de poisson rouge, du dégraissage, il y en a pas mal. Des romans et des histoires commencés et non terminés, j’en ai des centaines. C’est pourquoi maintenant je fonctionne comme cela.

Après, mon imaginaire a été façonné par mes lectures que j’ai eu plus jeune : Stephen King, Serge Brussolo, Clive Barker, Chuck Palahniuk, Poppy Z. Brite, Richard Matheson etc. (et plus récemment : Maxime Chattam, Antoine Tracqui, Simon R. Green). Je suis de la génération Club Dorothée, donc forcément les mangas comme Ken Le Survivant, Les Chevaliers du Zodiaque, Dragon Ball, ont forcément eu un impact sur moi. À la télé, j’adorais Les Contes de la Crypte, X-Files, Au-delà du Réel.
En BD, je peux citer Alef Thau, les MetaBarons, Thorgal, Aria, etc.

Bref, je pense que tout ça fait une soupe qui continue de prendre encore aujourd’hui.

  • 3 : La construction de tes nouvelles est intéressante, et c’est le genre de truc dont le lecteur est friand : Une situation posée, souvent bien galère, des personnages originaux qui flirtent entre la gueule de bois et la folie, et… un retournement final qui twist tout le sens de l’histoire ! Déjà, bravo. Ensuite, raconte-nous un peu comment tu t’y prends. Tu connais la fin d’avance, et tu brodes autour, ou alors t’es aussi surpris que nous quand le truc se révèle ? On veut les secrets de fabrication.

Alors, comme j’ai dit plus haut, lorsque j’ai une idée, il s’agit plus d’une scène. Peu importe sa temporalité : ça peut être une scène qui va se situer au début, au milieu ou à la fin, peu importe. J’ai une scène qui s’impose à moi et une question : est-ce que je peux faire quelque chose avec ça ? Est-ce que je peux écrire une histoire autour de cette scène ? Souvent, vient ensuite la généralité de l’histoire, plutôt son thème, son atmosphère. Ensuite j’essaye toujours mentalement, je ne prépare jamais rien – de faire un squelette de l’histoire. Puis je me mets à écrire. C’est là que les choses se compliquent, car cela respecte rarement ce que j’avais imaginé, en général d’autres idées sont venues se greffer en cours de route. Puis lorsqu’enfin j’ai à peu près l’histoire finale, j’essaye de voir comment je pourrais retourner tout ça dans un twist final, quand l’histoire s’y prête, ce qui est quand même souvent le cas. Pour moi, une bonne nouvelle doit avoir une fin surprenante. Pas qu’une nouvelle sans twist final est mauvaise, c’est juste que ça gâche un peu le potentiel du format.

J’ai deux choses que jadore : les orages, l’univers et les etoiles. Ça me fascine littéralement.

Après, plus globalement, il y a deux thèmes qui reviennent régulièrement dans mes histoires :

La peur. La peur du personnage et la peur du lecteur. Mais ce qui m’intéresse, ce sont les mécanismes de ces peurs. Qu’est-ce qui les déclenche ? Comment les vit-on ? Pourquoi la raison s’efface quand une peur, une phobie nous tombe dessus ? Je n’ai pas la prétention d’en connaître les raisons, les rouages, mais je m’efforce d’imaginer les possibles que cela implique.

La notion de fond et de forme. Je pense que le fond doit refléter la forme, et inversement. Cela n’est peut-être pas très clair dans mes nouvelles, sauf quelques une où je titille le lecteur, le fameux quatrième mur théâtrale mais à la sauce littéraire. J’adore ça, un peu comme si l’auteur et le lecteur ne faisaient qu’un, un couple dans un mariage bancal. C’est une chose que j’ai commencé à travailler et que je vais continuer d’étudier, de penser car cela me tient vraiment à cœur.

  • 4 : Je vais pas le révéler ici, parce que c’est personnel, mais il se trouve que t’as un boulot normal et je dirais même on ne peut plus “corporate”. Tu m’excuses, hein, mais j’ai du mal à faire le lien entre ce job et cette partie déchaînée (celle qu’écrit donc, vous suivez) de ta personnalité. Alors de deux choses l’une : soit t’es un gros schizophrène, soit tu te sers de la littérature comme échappatoire, exutoire et exorcisme ou catharsis, j’en sais foutre rien, à toi de me dire. C’est pas compliqué de cumuler tout ça, et surtout de pas te tromper de costume dans la vie ordinaire ?

Oui c’est vrai, c’est un peu schizophrénique comme situation, et difficile à tenir et supporter, mais on fait avec. Mon boulot m’apporte confort financier. Mon passe-temps l’échappatoire mentale des démons qui me hantent, jours et nuits. C’est difficile à tenir car je n’ai pas d’affection particulière pour mon boulot, loin de là même, mais j’ai une famille à nourrir et des prêts à payer. J’ai pas trop le choix. Tout ça ne m’appartient pas vraiment.

Naia Museum à Rochefort en Terre. Je pourrais rester des heures dans ce genre de musée du fantastique

Les seules choses qui m’appartiennent sont les idées et le traitement que je décide d’en faire. Alors donc, c’est assez facile de dissocier les deux. Le plus difficile finalement, c’est de trouver le temps pour écrire. Mon boulot me prend énormément de temps et ma vie de famille aussi. Et c’est une bonne chose. Mais du coup, je profite de mes trajets en train pour écrire sur mon téléphone. C’est l’équilibre que j’arrive à tenir.
Enfin, je t’en dirai plus lorsque j’en aurai touché deux mots à mon reflet dans le miroir. Je ne fais rien sans son avis.

  • 5 : On débarque sur le terrain privé, et t’as pas intérêt à me jouer les saintes-nitouche… C’est quoi ta vision du monde actuel ? Je veux dire, t’as l’air tellement décalé, tellement en-dehors… Te méprends pas, hein, chez moi c’est un compliment, mais j’ai jamais réussi à percer ton secret, alors y me semble légitime d’essayer de pénétrer plus en profondeur la vie de ton esprit. Humour noir, parfois anglais (personne pige rien), ton désinvolte, curieux moments de générosité affective (envers les meufs de la Team), bref, mais t’es qui, Mat, en vrai ? Et comment tu trouves ta place dans ce monde ?

C’est ça le secret : j’ai pas l’impression d’avoir ma place dans ce monde. Qui je suis ? Je suis personne, une ombre parmi les ombres, mais avec un égo surdimensionné. Du coup, j’adore tout ramener à moi, j’adore que l’on parle de moi. Mais connaissant cela et essayant de rester humble, bah j’essaye de faire en sorte de m’intéresser au monde qui m’entoure. Je ne suis pas forcément de bon conseil, mais je serais toujours là pour écouter si tu avais besoin de parler.

Parler, des fois, c’est tout ce qui importe. Je pense que j’ai manqué de gens à qui parler, et que j’espère inconsciemment éviter aux autres la même chose en leur donnant la possibilité d’aller vers moi. Et pourquoi la gente féminine ? Pardi, parce que je suis galant !

J’essaye d’être un gentil. Mais ce schisme schizophrénique entre qui je suis et qui j’ai appris à être est une bataille de tous les jours, un équilibre précaire qui parfois bascule d’un côté ou de l’autre. Ça doit être pour ça que je me suis mis à écrire : pour extérioriser la part des ténèbres en moi (cf S.K).

On a tous une part d’ombre. La mienne même si je ne la montre pas ressort parfois de manière inquiétante.

Un point aussi : je suis un grand timide. Et comme tous les grands timides qui essayent de remédier à ça, je le fais par l’humour. Le problème, c’est qu’avec moi l’humour devient vite gras, incisif ou lourd… Faut faire avec, sinon je me perdrais moi-même. Tu dis que je suis décalé. Je ne trouve pas, au contraire même. Je suis qu’un produit de consommation, pure création de notre société dans laquelle je me reconnais bien. J’ai eu une enfance super heureuse, bien qu’assez solitaire et je ne m’en plains pas, au contraire. J’étais un enfant sage, je ne me suis pas rebellé, je n’ai pas fait de conneries particulières ou d’expériences interdites afin de découvrir qui j’étais. J’ai toujours été quelqu’un de rangé et de posé. Mais je fais partie de cette génération qui se demande pourquoi elle est sur Terre, et par quels moyens elle va pouvoir laisser une trace dans cet univers.

Alors qui je suis, comment je vois le monde ? Le monde est tel que nous l’avons façonné ou laissé façonner. Il n’est ni bon, ni mauvais, mais à l’image de son créateur. Je suis à la recherche de la perfection, sachant très bien que la perfection se trouve dans l’imperfection. En vrai, je pense que je suis un grand malade et que je donne le change avec le peu de culture générale que j’ai et l’humour que je pratique : rien n’est plus sérieux que l’auto-dérision que je pratique à outrance.

Bref, je ne sais pas si j’ai vraiment répondu à ta question.

Qui je suis ? Un mec sympa adorant l’auto-dérision, qui ne prend rien au sérieux sauf… quand il se prend au sérieux. Est-ce que je suis si décalé que ça ? J’ai bien peur que non, bien au contraire. Comment je vois le monde ? Tel qu’il est : terne. À nous, artistes, de lui donner un peu de couleurs, car rien n’est encore perdu.

  • 6 : Depuis un moment (un looooooong moment), tu taffes sur un nouveau recueil de nouvelles, ce qui semble être ta forme favorite. Y a souvent un truc avec les nouvelles : ceux qu’en écrivent ont du mal à écrire un roman, et inversement. Est-ce que tu souffres de cette difficulté ? Autre chose : Pourquoi est-ce que tu kiffes la forme courte ? Des inspirations majeures, peut-être ? Un penchant naturel ? Balance, vas-y.

Je pense que j’écris des nouvelles pour deux raisons :

1. C’est le format d’écriture se prêtant le mieux au retournement de situation final. Et j’adore ça. Le roman se construit généralement de façon exponentielle jusqu’au climax, pour ensuite retomber sur la fin. La nouvelle permet de ne pas respecter ce schéma et c’est cela qui m’intéresse.
De plus, la nouvelle, c’est l’équivalent d’une droite en boxe. L’action doit s’installer rapidement, tu n’as pas le temps de développer les situations ou les personnages. Tu dois aller à l’essentiel au plus vite, installer les évènements sans fioritures. De cette manière, le lecteur n’a pas le temps de reprendre son souffle. C’est un enchaînement, la nouvelle, et lorsque c’est fini, avec le twist final, c’est un KO que le nouvelliste espère avoir. C’est ce que j’espère créer à chaque histoire courte que j’écris.

Moi devant l’océan. Ce sont dans ces moments là qu’on se rend compte qu’on est rien.

Mes nouvelles prennent souvent place dans une situation classique qui va dégénérer à la suite d’un événement inattendu. On pourrait presque comparer ça à un article de journal. Et les faits divers ne laissent pas la place au développement. Ça arrive, un point c’est tout. Et on passe à autre chose. Voilà pourquoi j’adore la nouvelle comme style littéraire. Ce qui ne veut pas dire que j’aime pas lire des romans.

2. Je suis le roi des fainéants. Un roman, c’est bien trop long à écrire, après je m’ennuie. Et puis soyons francs, je ne prépare jamais les textes que j’écris. De cette manière, pour moi, ça part ensuite dans tous les sens et je me perds. Mais j’espère un jour sortir quand même un texte un peu plus long que d’habitude. J’étudie la chose.

  • 7 : Cette interview ne serait pas complète si on évoquait pas la Team. Ouais, cette fameuse Team Fucked Up, dont tu es un membre honorable depuis au moins une ou deux éternités. Je me souviens même plus comment c’est arrivé. Paracelsia et moi on a lu Fractures à peu près au même moment et ensuite bah te voilà. Mais au fond, c’est quoi cette Team pour toi ? Qu’est-ce qu’elle représente pour toi, à un niveau personnel, et qu’est-ce qu’elle symbolise selon toi, à un niveau mondial (héhé ouais !) ?

Sincèrement, je me demande encore comment vous avez pu me faire entrer dans la Team et pourquoi j’y suis. Moi, le gars sage, rebelle entre 00h00 et 00h01 ? Le mec dont la seule contestation du système consiste à retourner le PQ quand quelqu’un l’a mis à l’envers sur le dérouleur ?
La TFU (prononcer “téfou”) est un collectif littéraire comme la ligue de l’imaginaire, mais en mieux. Elle est formée d’écrivains indépendants, défenseurs du franc-parler et de l’art libre. Tous plus talentueux les uns que les autres, ils n’ont pas leur langue dans leur poche, espérant – peut-être – pouvoir changer le monde artistique et culturel, et de fait le monde. Rebelles donc, mais bienveillants, la TFU est là pour nous rappeler que nous sommes des êtres libres. J’ai lu que la Team était un groupe punk. Je ne suis pas d’accord.

La philosophie punk se réduit à 3 principes : No life, No futur, Anarchy.

 

Je ne pense pas que la Team ou ses membres prônent cet état d’esprit. Je pense réellement que la Team oeuvre pour la liberté de parole, de penser et de création. Car ces principes ont tendance à disparaître aujourd’hui, dans ce monde qui s’édulcore de plus en plus au profit d’un lissage social écoeurant et mortel.

Luis Royo, Fallen Angel. J’adore le travail de cet artiste : eroticofantastique.

Oui il y a des Noirs, des homosexuels, des hommes, des femmes, des blonds, des européens, des petits, des grands. Oui l’Histoire n’a pas toujours été très clean ni ragoutante, mais c’est l’histoire et parfois Notre Histoire. Les différences existent, de religions, de politique, de façon de vivre. Vouloir uniformiser tout cela est sûrement la pire erreur que l’humanité pourrait faire. Nous devrions au contraire mettre en avant les différences, comme une force et non comme un accroc dans les référentiels sociaux dans lesquels on vit. Je pense que la Team Fucked Up est là pour nous le rappeler.

Alors, où je me place dans tout ça, moi ? C’est là que ça devient compliqué.

J’adhère à cet état d’esprit bien sûr, l’inverse serait pour moi une ineptie, et serait inconcevable. Mais est-ce que je suis aussi virulent que le reste de la Team pour mettre en avant ces idées ? Non. Pour la bonne et simple raison que je ne pense pas être au niveau du groupe. Ils sont tous très talentueux et je ne pense pas avoir la même trempe, ni la légitimité. Je suis malheureusement victime de ce modèle social dans lequel on vit, à ne pas vouloir faire de vague. J’ai toujours peur de choquer, de l’image que je peux renvoyer.

Gare de l’Est, ma deuxieme maison depuis mes études de fac. Le gars qui court en costard qui court pour avoir son train le soir, c’est moi.

L’écriture au sein du groupe est un modèle de vie, alors que j’ai depuis longtemps compris que chez moi l’écriture ne serait qu’un passe-temps. Certains font du foot, moi j’écris. Vous êtes tous si talentueux, que j’ai du mal à me croire légitime dans votre groupe.
Bref voilà. Du coup je traîne par là, tel un fantôme dans les couloirs de Twitter et de notre Discord Manor. Je fais un petit peu de bruit en passant et content d’être accepté parmi vous, un peu comme Nick quasi sans tête.

  • 8 : Il est toujours de bon ton de demander à un Homme de quelle manière il envisage l’avenir. Si, je vous jure, on en apprend long sur quelqu’un en le faisant parler de sa vision de lui dans le futur. C’est là qu’on voit ses aspirations profondes (et surtout ses rêves de grandeur promis à l’échec) et la substantifique moelle qui l’anime. C’est ton tour coco : Quel est ton moi futur le plus abouti, et ton moi futur le plus foiré ?

Sincèrement ? J’en sais strictement rien. Quand j’étais petit, je disais toujours que je voulais devenir “écrivain riche et célèbre”, ce qui en soit prouve mon grand niveau de crédulité… Donc aujourd’hui, je me considère comme un écrivain bien sûr, mais cela s’arrête là. Alors demain ? Franchement comment savoir ? Je serais heureux si j’arrive à terminer les quelques projets qui traînent dans mon esprit tortueux depuis des années. Je serais heureux si j’arrive à avoir une base de lecteurs fidèles. Donc, est-ce que j’arriverais à atteindre ces objectifs ? Il faudrait déjà que je m’en donne tous les moyens, ce qui, disons-le clairement, n’est pas le cas aujourd’hui. Je vais probablement foirer tout ça, toutes ces histoires qui resteront finalement dans ma caboche.
Le petit garçon en moi aimerait toujours être un écrivain riche et célèbre, sauf qu’il commence à devenir lucide.

  • 9 : On approche de la fin, alors on va pas y aller par quatre chemins : L’autocensure littéraire. Dissertation. 30 lignes minimum.

Le jour se couchait sur le bâtiment sombre du lycée de Vincent. C’était vendredi et il aurait déjà dû être chez lui. Mais il avait encore été collé et en guise de devoir devait faire une dissertation sur l’autocensure. Lui, la grande gueule, il devait débattre de la censure ? Faisant tourner son stylo entre ses doigts, il réfléchissait à quelles conneries il pourrait coucher sur le papier. Puis les mots étaient venus tout seuls, beaucoup plus vite qu’il ne l’aurait voulu.

Mes essais de photomontages et retouches photos. Les oiseaux sont une expression de liberté que j’apprécie vraiment. Comme les animaux marins.

Avant de parler d’autocensure, il fallait parler de censure. Qu’est-ce qu’était la censure ? Par rapport à qui, à quoi ? La censure n’était qu’un moyen d’un pouvoir en place d’asseoir sa situation hiérarchique. La censure pouvait être aussi gardienne des bonnes moeurs, si tant est que les bonnes moeurs en question soient identiques avec le censuré. Et c’était là tout l’enjeu de la censure. La censure n’est qu’un moyen de coller à un schéma donné, à un référentiel donné d’une société formatée pour n’accepter que ce qui rentrerait ou pas dans ses cases. La censure permettrait alors de garantir la bonne lecture de l’œuvre censurée, tant que l’œuvre entière n’est pas censurée.

Vincent passa le stylo entre ses lèvres, le regard collé sur le pion qui se trouvait en face de lui, à peine trois tables devant. Le jeune homme rigolait en son for intérieur. Il était seul dans la salle de colle. Ce qui fait que son gardien n’était là que pour lui, à cause de lui. Ça n’allait pas aider leur relation déjà bien basse. Vincent se mit de nouveau à réfléchir.

Le pouvoir censure pour faire coller l’œuvre à ses idéaux, politique, religieux ou sociétaux. Du coup, l’artiste peut-il s’autocensurer ? L’autocensure n’était-elle pas un pied de nez à la censure elle-même ou était-ce une soumission au pouvoir en place ?

Vincent repensa à ce qui l’avait amené là. Encore une fois, il avait protesté, encore une fois, il avait posé là son avis pendant le cours d’histoire et encore une fois, il s’était fait mettre dehors. Si ça, ce n’était pas de la censure ! Bon d’accord, il aurait peut-être dû éviter de jeter son classeur en l’air afin d’illustrer son propos, mais franchement. Au moins ça avait eu de la gueule et un véritable impact. N’était-ce pas là le but de l’école, créer de véritables esprits critiques capables de penser par eux-mêmes ? Peut-être bien. N’empêche, en attendant qu’on le comprenne, lui il tirait deux heures de plus un vendredi soir. C’était pas comme s’il avait autre chose à faire. Il regarda de nouveau le pion en face de lui qui était plongé dans un livre. Vincent plissa les yeux afin d’en lire le titre : 1984, de George Orwell. Il avait déjà entendu parler de ce livre, sans réellement savoir pourquoi. Peu importait. Le jeune garçon se pencha de nouveau sur sa copie. Où en était-il ? Ah oui, l’autocensure de l’artiste. Vincent porta son stylo à ses lèvres. Qu’est-ce qu’il pouvait bien dire là-dessus ? Ce n’était pas un artiste, lui. Ou peut-être un artiste de la connerie. Alors, qu’est-ce qu’il l’empêchait de faire une connerie plutôt qu’une autre ? Probablement la volonté de ne pas faire de mal gratuitement. Partant de là, un artiste pouvait-il censurer son œuvre dans le but d’avoir un discours plus policé, sans qu’il en soit moins percutant ? Ou devait-il censurer son œuvre, afin de couper l’herbe sous le pied dans un acte finalement bien plus contestataire qu’il n’y paraissait ? Vincent trouva cette réponse convaincante.
Il écrivit pendant l’heure qui suivit, noircissant les 4 pages de sa copie double. Jusqu’au moment où le pion prit la parole :

 — Vincent, c’est bon, tu peux y aller. Franchement, arrête un peu tes conneries. J’en ai marre de te voir ici les vendredi soirs.
— Ah bon ? fit Vincent en se levant de sa chaise, copie en main.
— Vraiment, t’as rien d’autre à foutre ? En tout cas moi, j’ai autre chose à faire le vendredi soir et ça me gonfle de rester là pour te surveiller comme on surveille un gamin dans une crèche.
— Merde, là c’est dur.
— Ouais, mais c’est vrai. Allez, donne-moi tes feuilles et va-t-en.

Vincent posa sa copie sur le bureau et sortit sans plus continuer la conversation. Le pion attrapa les feuilles et y jeta un oeil. Il ne put s’empêcher de rire. L’intégralité de ce qui avait été écrit avait été soigneusement barré afin de rendre la lecture impossible. Seuls trois petits mots subsistaient, sur la page de garde : “Censuré par l’Artiste”.

  • 10 : Fatigué ? Ouais, ça se sent. Dernière petite question cool pour faire baver d’envie ton lectorat : LES PROJETS FUTURS ! Les soiffards qu’on est crèvent d’envie de connaître le prochain cocktail détonnant que tu vas leur refourguer dans les mois qui viennent… Dis-nous en le plus possible sans spoiler, mais fais en sorte que ce soit bien gras, parce que putain, le gras, c’est la vie !

Moi ? Jamais fatigué…Bon, j’ai une règle depuis toujours, c’est de ne pas parler des projets sur lesquels je suis, ça a tendance à me porter malheur. Mais pour toi, je vais faire une exception.

Alors, tout d’abord, dans peu de temps – et tu auras compris que le temps est très relatif chez moi – sortira un nouveau recueil de nouvelles, courtes, et un peu particulières. Mais je ne peux t’en dire plus sans spoiler, donc faudra attendre. Puis j’ai besoin de temps pour revoir ces nouvelles, car vous m’avez mis grave la pression.

Petite phrase à coté de mon boulot à Paris. Elle me définie particulierement bien.

Après, il y aura un roman sur la musique, un peu différent aussi dans le fond et la forme. Oui oui, un roman. Encore après, mais c’est encore brumeux, probablement un roman de SF se passant en temps de guerre. Ce sera un essai de ma part, une réflexion plus qu’un roman probablement.

Ensuite, bah je crois que je reviendrai aux nouvelles, mais ça, c’est une autre histoire. Et puis vu la vitesse à laquelle j’écris, je pense qu’à ce moment-là je serai plus ou moins à la fin de ma vie..
Voilà voilà.

Merci Mat !

Merci à toi !

Découvrez FRACTURE de MATHIEU BROSSARD !

 

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